1914 est l’année la plus meurtrière de la guerre.

Une conception dépassée de la guerre, une guerre chevaleresque de charge de cavalerie, de défenses et d’attaques héroïques et de respect mutuel des armées laisse la place à la guerre moderne, le soldat écrasé par les bombardements d’artillerie ou fauché par les mitrailleuses avant même d’avoir pu entrevoir l’ennemi.

Chacun –les Etats-majors, les politiques, la troupe – pense revivre la guerre de 1870-1871 : quelques semaines de combat, une décision rapide… Les uns rêvant de réitérer la victoire de 1871 ; les autres de l’inverser et d’en prendre la revanche.
Toutes ces illusions se brisent sur des réalités bien moins glorieuses. L’armée allemande croit traverser la plaine de Flandre en peu de temps ; elle se heurte à la résistance inattendue, farouche et héroïque de la « petite » Belgique. Les Français, persuadés de la supériorité de leur artillerie, doivent, après quelques batailles perdues, et une retraite souvent chaotique, mener une contre-offensive enfin victorieuse sur la Marne.
Pour les habitants du département du Nord, les désillusions s’accumulent. Le bouclier, qui autrefois en 1792 ou en 1870 avait protégé le pays se trouve soudain écrasé au milieu des combats. Les villes sont ouvertes. Quand elles sont défendues, elles subissent des bombardements dévastateurs. Lille brûle. Les réfugiés, les sinistrés sans logis, les soldats prisonniers ou que l’on doit cacher, les morts enfin font irruption dans le quotidien des populations.
Autre étonnement, autre nouveauté : la guerre pour les deux-tiers du département du Nord ouvre une période d’occupation, d’une occupation qui dès l’origine s’installe dans la durée. Le front finit par se stabiliser. Il faut alors vivre avec l’occupant.
Une nouvelle ère commence. À la fin de l’année 1914, les trêves de Noël ne furent qu’un répit bien mince, d’une catastrophe durable.