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Occupants et occupés
La question des relations entre occupants et occupés n’a jusqu’à présent pas fait l’objet d’une étude globale. Une telle question est lourdement marquée par la passion. L’historiographie de la question a été immédiatement construite par les survivants et les témoins, dans le but primordial de disculper la population et les autorités des territoires occupés.
Le soupçon avait été tellement fort ; l’invective et l’insulte "les Boches du Nord" étaient tellement présentes, qu’il fallait effacer la honte de la défaite et de l’occupation pour restaurer la confiance.
La reconstruction commence par la construction d’un mythe et d’une image patriotique et sans tâche de la zone occupée. Qu’en est-il en réalité ?
L’évêque de Lille, Monseigneur Charost, s’empresse dès la fin de la guerre de dénoncer les crimes allemands et de souligner son rôle de résistant à l’occupation.
Fritz Herms, le professeur de droit, l’un de ceux qui prépare la défense allemande dans les négociations du traité de Versailles, puis dans les négociations sur les réparations, a beau jeu de produire les témoignages de sympathies et les remerciements aux autorités allemandes du même Monseigneur Charost. Il multiplie aussi dans son livre Lille vergewahltig ? les témoignages de bonne conduite des occupants allemands, signés par les maires des différentes communes françaises.
On peut cependant douter de la sincérité de ces témoignages, probablement obtenus sous la menace, à la veille de l’évacuation des troupes allemandes.
Cependant, la question mérite d’être posée et approfondie, tout en évitant de trop plaquer les schémas de la Seconde Guerre mondiale, où les termes de collaboration et de résistance ont pris une autre dimension.
L’attitude des maires – Charles Delesalle pour Lille par exemple – n’a pas vraiment été étudiée, de même que l’attitude des industriels a parfois été recouvert d’un voile pudique. L’attitude des médecins n’a pas non plus fait l’objet d’une étude globale (voir le dossier médecin en 1916).